Comme annoncé, ce second billet porte sur certains enjeux du statut des enseignants-chercheurs en s’attachant à des questions sujettes à polémique.
Il semble que certains collègues s’inquiètent de la réflexion engagée au sein de l’établissement sur la question du « référentiel » des enseignants-chercheurs. En effet, un groupe de travail a été mis en place sur cette question sous l’autorité du président, avec l’appui du chargé de mission Personnel enseignant, réunissant les directeurs des six composantes (facultés, IUTs, IAE et IUFM), les vice-présidents, deux élus du Conseil d’administration, deux élus du comité technique ainsi que la DGS et la DRH. De quoi s’agit-il ?
Le référentiel : un outil de transparence et de reconnaissance des tâches assumées par les enseignants-chercheurs
Tout simplement de mettre notre établissement en conformité avec les textes qui prévoient, depuis trois ans (2009), que chaque établissement arrête, par une délibération du conseil d’administration siégeant en formation restreinte aux enseignants-chercheurs et assimilés les tâches existantes du référentiel national d’équivalences horaires. La plupart des établissements ont procédé à cette démarche, un rapport de l’IGAENR étant déjà en cours de finalisation sur l’application du référentiel.
Modifié par le décret 2009-460 du 23 avril 2009, l’article 7 du décret n°84-431 du 6 juin 1984 définit le statut des enseignants-chercheurs en répartissant leur temps de travail effectif (1607 heures par an) en deux parties égales entre activités d’enseignement (192 heures de travaux dirigés ou 128 heures de cours) et activités de recherche. Il prévoit des équivalences horaires applicables à chacune des activités sur la base d’un référentiel national d’équivalences horaires défini par un arrêté du 31 juillet 2009. Ce référentiel suggère que des activités pédagogiques (par exemple la responsabilité d’une équipe pédagogique ou la fonction d’enseignant référent), celles d’animation, d’encadrement ou de valorisation de la recherche (direction d’une unité de recherche ou pilotage de projets scientifiques en réseau) ou encore d’autres activités (celles de chargés de mission ou de directeur de composantes) pourraient être traduites en équivalence horaire de service d’enseignement sur la base d’une règle simple : une heure de travail effectif correspond à 0,24 heure de travaux dirigés (TD).
Ainsi, si on estime qu’une responsabilité comme celle d’enseignant référent de 20 étudiants correspondrait à 50 heures de travail effectif (en moyenne 2 heures et demi effectivement consacrées à chaque étudiant), cela équivaudrait donc à 50 x 0,24 = 12 heures de TD. Autrement dit, les obligations de service d’un enseignant-chercheur étant de 192 heures TD, cet enseignant n’aurait plus que 180 HETD (heures équivalent TD) d’enseignement à remplir pour respecter ses obligations. S’il en fait plus, chaque heure au-delà de 180 serait rémunérée en heure complémentaire. Comme on le sait, il existe déjà des enseignants-référents dans certaines de nos composantes, mais cette pratique a besoin d’un fondement juridique qui est l’équivalence.
De la même façon, certaines fonctions font l’objet de primes votées chaque année par le Conseil d’administration. A titre d’exemple, les directeurs des études ou les responsables de M2 bénéficient ainsi d’une prime pédagogique (respectivement 60h et 12h), dite PRP alors que les directeurs d’unité de recherche ou les chargés de mission d’une prime de charge administrative (PCA). Ces primes sont convertibles en décharge de service d’enseignement. Encore faut-il que les règles de décharge soient énoncées.
Autrement dit, notre établissement a une grille implicite d’équivalence horaire qui s’est construite progressivement dans chacune de ses composantes, parfois de façon disparate. La réflexion sur le référentiel vise à donner un fondement juridique et transparent à ces pratiques. C’est aussi l’occasion d’identifier l’ensemble des tâches supplémentaires qui sont assumées par les enseignants-chercheurs et les enseignants sans être reconnues. Dans un contexte budgétaire contraint, il ne sera pas possible de tout prendre en compte mais un effort supplémentaire pourrait être fait pour certaines fonctions essentielles à la dynamique de l’établissement.
Régimes indemnitaires (PCA et PRP) et équivalences horaires peuvent répondre à cette reconnaissance mais ils ne sont pas parfaitement substituables compte tenu des contraintes juridiques associées à chacune des modalités. C’est la fonction du groupe de travail que de les clarifier et préciser afin de proposer des choix au Comité technique d’avril prochain, puis au Conseil d’administration début juin. De cette manière, les règles seront connues lors de l’établissement des services d’enseignement pour l’année 2012-2013.
La modulation peut-elle avoir des vertus ?
La question de la modulation du service d’enseignement avait été un facteur de focalisation du conflit de 2009 au moment de la refonte du décret définissant le statut des enseignants-chercheurs, cette modulation pouvant être effectuée à la baisse ou à la hausse, mais avec l’accord de l’intéressé au final. Si elle est appréhendée comme une sanction, la modulation n’a pas de justification. Elle peut être un outil offrant des degrés de liberté intéressants pour l’établissement et les personnels. Sans prétention à l’exhaustivité, on peut ainsi préciser deux cas.
- Premièrement, la possibilité d’offrir une décharge de service aux maîtres de conférences récemment recrutés pour leur permettre de prendre en charge progressivement les charges d’enseignement importantes tout en gardant du temps afin de valoriser leur travaux de thèse à travers les publications issues. De nombreuses universités ont adopté ce dispositif. Il pourrait être éventuellement étendu à des collègues qui ont connu une longue interruption de leurs activités de recherche (par exemple à l’issue d’un congé parental).
- Deuxièmement, il peut apparaître utile de répartir les obligations d’enseignement sur deux, voire trois, années pour faire face à différentes situations. Prenons le cas de collègues revenant d’une interruption liée à des congés (maladie, maternité ou autre) en cours de semestre. On pourrait imaginer qu’une modulation à la baisse lors du retour facilite à la fois l’établissement du service d’enseignement et la reprise progressive des activités. Ce sous-service pourrait être compensé par une modulation à la hausse l’année suivante. Autre cas de figure, un collègue ayant un projet de mobilité ou d’écriture, mais n’ayant pu bénéficier d’un congé de recherche ou de conversion thématique (CRCT) pourrait souhaiter bénéficier d’un service réduit une année, reportant ses charges d’enseignement sur l’année suivante (exemple 128 HETD en année t, 256 HETD en t+1 ou l’inverse). Cela permettrait de lisser le service sur plusieurs années, avec un service annuel moyen de 192 HETD. De telles pratiques ont déjà eu lieu mais elles ne sont pas encadrées, ce qui n’écarte pas les risques de décision arbitraire.
La modulation des services peut être un outil au service de l’institution et des personnels. Pour finir, il faut revenir sur l’argumentaire initial vicié de la modulation à la hausse dans le projet de départ du décret qui voulait sanctionner un défaut de recherche par un alourdissement du service d’enseignement. La démarche est injustifiable mais la question est réelle : même s’ils sont minoritaires, certains enseignants-chercheurs ont renoncé à toute activité de recherche, pour des raisons extrêmement diverses et complexes. Et ce n’est pas seulement parce qu’ils ont pu assumer des responsabilités collectives lourdes pendant quelques années, y sacrifiant leur temps recherche. Il est de la responsabilité de l’établissement d’aider tous ces collègues à se réinvestir dans une activité de recherche telle que la définit leur statut. Au plan individuel, il s’agit du respect du contrat qui précise que la moitié du temps d’activité des enseignants-chercheurs est consacré à la recherche. Au plan de l’institution, c’est la vocation de l’université de lier enseignement et recherche et c’est aussi une question d’équité : si des collègues n’assument aucune responsabilité collective, ni aucune activité de recherche, non seulement ils ne respectent pas le contrat, mais leurs collègues PRAG ou PRCE, soumis à des obligations d’un service de 384 HETD d’enseignement peuvent trouver la situation injuste.
Arrêtons de pratiquer la politique de l’autruche : il est urgent, avec l’appui des unités de recherche, de mettre en place une politique incitative qui permette de reprendre cette activité recherche. Et cela ne peut pas être par une modulation sanction à la hausse.